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Tu aimeras...

il y a 12 heures
3 min de lecture

« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu… Tu aimeras ton prochain. »

Vous l’avez remarqué, c’est au futur que le Seigneur nous dit d’aimer, à travers ces deux commandements tirés de la Loi juive, la Torah ; au futur, pas à l’impératif présent. L’impératif, c’est pour donner un ordre à exécuter ici et maintenant : « fais ceci… fais cela ! » Et, une fois qu’on a obéi, qu’on a exécuté l’ordre, on est quitte, on a accompli son devoir, on a fait sa corvée et on peut passer à autre chose.

Mais le commandement de l’amour, frères et sœurs, chers amis sourds et malentendants, le double commandement de l’amour que Jésus nous donne aujourd’hui dans son Évangile, ce n’est pas un ordre à exécuter, c’est un programme de vie qui engage toute notre existence et c’est pour cela qu’il se dit au futur : il ouvre pour chacun de nous un avenir avec Dieu et avec les autres.

Car le Seigneur sait très bien que nous avons besoin de temps pour aimer, pour apprendre à l’aimer, lui, notre Créateur et notre Sauveur, pas seulement en lui accordant un peu de notre attention, un peu de nous-mêmes à tel ou tel moment de la journée ou de la semaine, mais en laissant cet amour envahir petit à petit toute notre personne, notre cœur, notre âme, notre esprit, c’est-à-dire tout ce qui touche notre sensibilité, tout ce qui l’émeut, et tout ce qui nourrit notre pensée, l’élève, la fait grandir, bref tout ce qui nous fait vivre ! Comment pourrions-nous réaliser cela d’un seul coup, en un instant ? C’est au contraire un long apprentissage de chaque instant et nous n’aurons jamais fini d’apprendre à aimer Dieu de tout notre cœur, de toute notre âme, de tout notre esprit.

Le Seigneur sait aussi que nous avons besoin de temps, de beaucoup de temps, pour apprendre à aimer notre prochain. Qui est ce prochain ? Ce n’est pas forcément un proche, un ami, quelqu’un qui nous est d’emblée sympathique. C’est celui ou celle qui se trouve être à proximité de moi ou dont je suis à proximité, même si je m’en sens parfois très éloigné. Ce prochain, je suis incapable de l’aimer comme moi-même du premier coup ! Mais le Seigneur ne me demande pas cela, il me dit simplement, au futur : « Tu l’aimeras comme toi-même », tu apprendras à te faire proche de ton prochain, pas à pas, par de petits gestes très simples, et, là encore, tu n’en auras jamais fini de te faire proche de lui, d’elle, jusqu’à pouvoir l’aimer comme toi-même.

Mais alors, si le commandement de l’amour est toujours au futur, si l’on n’en a jamais fini d’apprendre à aimer Dieu et son prochain, n’est-ce pas un commandement irréalisable, un idéal impossible à atteindre ? Oui, c’est impossible et irréalisable tant que l’on pense qu’on va réussir à aimer Dieu et à aimer les autres à partir de soi-même, de ses propres forces. Mais ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, c’est Dieu qui nous a aimés le premier et qui nous a donné son Fils unique pour que nous ayons la vie. Sainte Thérèse de Lisieux, la petite Thérèse, a raconté comment un jour elle a compris que l’amour absolu, l’amour de charité, a été mis à notre portée par Jésus lui-même, lui qui est toujours en communion d’amour avec Dieu son Père et qui nous a aimés, nous ses frères et ses sœurs, jusqu’à l’extrême, jusqu’au don de sa vie. Lors du dernier repas avec ses disciples, après leur avoir lavé les pieds et avant de mourir pour nous sur une croix, Jésus nous a donné son commandement à lui, un commandement qui, à la fois, reprend et dépasse les deux grands commandements de la Loi. C’est le commandement de la charité : « Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. » Cette fois, Jésus parle au présent, non parce que c’est un ordre, un impératif, mais parce que c’est déjà une réalité vivante et agissante : en nous, disciples de Jésus, chaque fois que, par petites avancées, même timides ou maladroites, nous nous rendons proches de notre prochain pour tâcher de l’aimer comme nous-mêmes, c’est Jésus qui l’aime, d’un amour infini, toujours présent et qui ne passera jamais. Amen.

Homélie du fr. Camille de Belloy

Homélie du 25 octobre 2026

En direct de l’église Sainte-Thérèse à Villers-lès-Nancy

pour "Le Jour du Seigneur"



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