
25 janvier 2026
Sur cette page, vous trouverez :
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Les lectures de la Messe, la feuille de Messe avec le choix des chants
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Une proposition de prière universelle à télécharger, en format PDF et en format Word modifiable
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Une méditation sur l'Evangile du dimanche, un texte spirituel et un commentaire de Marie-Noëlle Thabut
3e Dimanche du TO
Dimanche de la Parole

« Convertissez-vous,
car le royaume des Cieux est tout proche. »
Matthieu 4, 17
Lectures de la Messe
Feuille de Messe
Prière universelle
Consultez la page Lectio Divina qui invite à lire l'Évangile dans un climat de prière afin d'être touché dans son cœur. Il est important de ne pas se précipiter pour lire des commentaires, des homélies avant de faire cette expérience personnelle de rencontre avec le Christ dans l'Écriture.
Ensuite, vous pouvez, si vous le souhaitez, lire les méditations ci-dessous qui enrichiront votre lecture personnelle et votre méditation.
HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS
DIMANCHE DE LA PAROLE DE DIEU
Jésus quitte la vie tranquille et cachée de Nazareth et s’installe à Capharnaüm, une ville située sur la mer de Galilée, un lieu de passage, un carrefour de peuples et de cultures différentes. L’urgence qui le pousse est l’annonce de la Parole de Dieu qui doit être portée à tous. Nous voyons en effet dans l’Évangile que le Seigneur invite tout le monde à la conversion et appelle les premiers disciples à transmettre à d’autres la lumière de la Parole (cf. Mt 4, 12-23). Saisissons ce dynamisme qui nous aide à vivre ce Dimanche de la Parole de Dieu : la Parole est pour tous, la Parole appelle à la conversion, la Parole rend annonciateurs.
La Parole de Dieu est pour tous. L’Évangile nous présente Jésus toujours en mouvement, en chemin vers les autres. En aucune occasion de sa vie publique, Il ne donne l’impression d’être un maître statique, un docteur assis en chaire. Au contraire, nous le voyons itinérant, nous le voyons pèlerin, parcourant villes et villages, rencontrant visages et histoires. Ses pieds sont ceux du messager qui annonce la bonne nouvelle de l’amour de Dieu (cf. Is 52, 7-8). En Galilée des nations, sur la route de la mer, au-delà du Jourdain, où Jésus prêche, se trouvait – note le texte – un peuple plongé dans les ténèbres : étrangers, païens, femmes et hommes de diverses régions et cultures (cf. Mt 4, 5-16). Maintenant, ils peuvent aussi voir la lumière. Et ainsi, Jésus “élargit les frontières” : la Parole de Dieu, qui guérit et relève, n’est pas destinée seulement aux justes d’Israël, mais à tous ; il veut atteindre ceux qui sont loin, il veut guérir les malades, il veut sauver les pécheurs, il veut rassembler les brebis perdues et soulager ceux qui ont le cœur fatigué et opprimé. Jésus, en somme, “franchit les limites” pour nous dire que la miséricorde de Dieu est pour tous. N’oublions pas cela : la miséricorde de Dieu est pour tous et pour chacun de nous. “La miséricorde de Dieu est pour moi”, chacun peut dire cela.
Cet aspect est fondamental pour nous aussi. Il nous rappelle que la Parole est un don adressé à chacun et que, par conséquent, nous ne pouvons jamais en restreindre le champ d’action puisqu’elle germe, au-delà de tous nos calculs, de manière spontanée, imprévue et imprévisible (cf. Mc 4, 26-28), selon les manières et aux moments que l’Esprit Saint connaît. Et si le salut est destiné à tous, même à ceux qui sont les plus éloignés et perdus, alors l’annonce de la Parole doit devenir la principale urgence de la communauté ecclésiale, comme ce fut le cas pour Jésus. Qu’il ne nous arrive pas de professer un Dieu au cœur large et d’être une Église au cœur étroit – cela serait, je me permets de le dire, une malédiction - ; de prêcher le salut pour tous et de rendre impraticable le chemin pour l’accueillir. Qu’il ne nous arrive pas de savoir que nous sommes appelés à porter l’annonce du Royaume et de négliger la Parole, en nous dispersant dans des activités ou des discussions secondaires. Apprenons de Jésus à mettre la Parole au centre, à élargir les frontières, à nous ouvrir aux gens, à créer des expériences de rencontre avec le Seigneur, en sachant que la Parole de Dieu « n’est pas cristallisée en formules abstraites et statiques, mais connaît une histoire dynamique faite de personnes et d’événements, de paroles et d’actions, de développements et de tensions ». [1]
Venons-en maintenant au deuxième aspect : la Parole de Dieu, qui est adressée à tous, appelle à la conversion. Jésus, en effet, répète dans sa prédication : « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche » (Mt 4, 17). Cela signifie que la proximité de Dieu n’est pas neutre, sa présence ne laisse pas les choses comme elles sont, ne rend pas la vie paisible. Au contraire, sa Parole nous secoue, nous dérange, nous provoque au changement, à la conversion : elle nous met en crise parce qu’« elle est vivante, énergique et plus coupante qu’une épée à deux tranchants […] elle juge des intentions et des pensées du cœur » (He 4, 12). Et ainsi, comme une épée, la Parole pénètre dans la vie, nous faisant discerner les sentiments et les pensées du cœur, c’est-à-dire nous faisant voir quelle est la lumière du bien auquel donner de l’espace, et où s’épaississent les ténèbres des vices et des péchés à combattre. La Parole, lorsqu’elle entre en nous, transforme le cœur et l’esprit ; elle nous change, nous conduit à orienter notre vie vers le Seigneur.
C’est l’invitation de Jésus : Dieu s’est fait proche de toi. Donc prends conscience de sa présence, fais place à sa Parole et tu changeras le regard sur ta vie. Je voudrais le dire aussi de cette manière : mets ta vie sous la Parole de Dieu. C’est la voie que nous indique l’Église : tous, même les Pasteurs de l’Église, soyons sous l’autorité de la Parole de Dieu. Pas soumis à nos goûts, à nos tendances ou à nos préférences, mais à l’unique Parole de Dieu qui nous façonne, nous convertit, nous demande d’être unis dans l’unique Église du Christ.Alors, frères et sœurs, nous pouvons nous demander : ma vie, où trouve-t-elle sa direction, d’où puise-t-elle son orientation ? Des paroles diverses que j’entends, des idéologies ou de la Parole de Dieu qui me guide et me purifie ? Et quels sont en moi les domaines qui exigent changement et conversion ?
Enfin – troisième passage –, la Parole de Dieu, qui s’adresse à tous et appelle à la conversion, rend annonciateurs. Jésus, en effet, passe sur les rives du lac de Galilée et appelle Simon et André, deux frères qui étaient pêcheurs. Il les invite par sa Parole à le suivre, en leur disant qu’il les fera « pêcheurs d’hommes » (Mt 4, 19) : non plus seulement experts en barques, filets et poissons, mais experts dans la recherche des autres. Et, de même que pour la navigation et la pêche ils avaient appris à quitter le rivage et à jeter les filets au large, de même ils deviendront des apôtres capables de naviguer sur la mer ouverte du monde, d’aller à la rencontre des frères et d’annoncer la joie de l’Évangile. C’est le dynamisme de la Parole : elle nous attire dans le “filet” de l’amour du Père et nous rend apôtres qui ressentent le désir irrépressible de faire monter sur la barque du Royaume ceux qu’ils rencontrent. Et cela ce n’est pas du prosélytisme, car c’est la Parole de Dieu qui appelle, pas notre parole.
Sentons alors aujourd’hui que l’invitation à être des pêcheurs d’hommes nous est aussi adressée : sentons-nous appelés par Jésus en personne à annoncer sa Parole, à en témoigner dans les situations de chaque jour, à la vivre dans la justice et dans la charité, appelés à “lui donner chair” en caressant la chair de celui qui souffre. C’est notre mission : devenir des chercheurs de ceux qui sont perdus, de ceux qui sont opprimés et découragés, pour leur apporter non pas nous-mêmes, mais la consolation de la Parole, l’annonce dérangeante de Dieu qui transforme la vie, pour leur apporter la joie de savoir qu’Il est Père et qu’Il s’adresse à chacun, apporter la beauté de dire : “Frère, sœur, Dieu s’est fait proche de toi, écoute-le et tu trouveras un don merveilleux dans sa Parole !”
Frères et sœurs, je voudrais conclure en invitant simplement à remercier ceux qui se dépensent pour que la Parole de Dieu soit remise au centre, partagée et annoncée. Merci à ceux qui l’étudient et en approfondissent la richesse ; merci aux agents pastoraux et à tous ces chrétiens engagés dans l’écoute et dans la diffusion de la Parole, en particulier aux lecteurs et aux catéchistes : aujourd’hui je confère le ministère à certains d’entre eux. Merci à tous ceux qui ont accueilli les nombreuses invitations que j’ai faites à porter partout l’Évangile avec soi et à le lire chaque jour. Et enfin, un remerciement particulier aux diacres et aux prêtres : merci, chers frères, de ne pas faire manquer au Peuple saint de Dieu la nourriture de la Parole ; merci parce que vous vous engagez à la méditer, à la vivre et à l’annoncer ; merci pour votre service et vos sacrifices. Que la douce joie d’annoncer la Parole de salut soit une consolation et une récompense pour nous tous.
[1] La Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Église. Instrumentum laboris pour la XIIème Assemblée générale ordinaire du Synode des Évêques, 2008, n. 10.
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DIMANCHE DE LA PAROLE DE DIEU
SAINTE MESSE
HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS
Basilique Saint-Pierre
IIIe Dimanche du Temps ordinaire
22 janvier 2023
[Multimédia]
Homélie
Puiser à la source
Les textes bibliques de ce dimanche nous parlent d’un monde compliqué qui a mauvaise réputation. C’est le cas des territoires de Zabulon et de Nephtali au Nord de la Galilée. Il faut savoir que c’est un lieu de passage proche des régions païennes. On l’appelle “Galilée des nations” parce qu’elle est influencée et contaminée par le monde païen. Mais le prophète réagit. Il annonce que ces territoires vont bénéficier, eux aussi, du salut que le Seigneur prépare. “Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière. Sur les pays des habitants de l’ombre, une lumière a resplendi.”
Or c’est là, dans ce lieu couvert de honte, que Jésus entreprend sa première évangélisation. Tout commence loin de Jérusalem, en plein cœur de ce monde bigarré, un monde païen où l’on ne cesse de s’affronter et de se diviser. Jésus lui-même se rend à Nazareth, une ville dont on se demande ce qu’il peut sortir de bon. Jean Baptiste l’a désigné comme l’Agneau de Dieu, celui qui enlève le péché du monde. Sa priorité va donc vers ceux qui sont le plus loin de Dieu, ces terres maudites, terres de péché et de ténèbres. Il vient habiter à Capharnaüm ; cette ville évoque encore aujourd’hui le plus sombre désordre.
C’est de la part de Jésus un défi lancé au péché et à Satan. Et c’est en même temps un acte de foi extraordinaire en l’homme. Il aurait pu se dire qu’au point où ils en étaient, il ne pouvait pas compter sur eux. Or c’est exactement le contraire qui se passe : il va jusqu’à choisir ses premiers collaborateurs, ses premiers responsables, parmi les habitants de cette région. S’adressant à Pierre et à André, il leur dit : “Venez à ma suite, je ferai de vous des pêcheurs d’hommes.” Il n’appelle pas des champions de la Bible ou de la liturgie mais des gens tout-à-fait ordinaires, des simples pêcheurs.
Il nous appartient d’en tirer les conséquences pour notre foi. La première, c’est que nous sommes tous appelés tels que nous sommes. Le Seigneur n’appelle pas les plus capables mais il les rend capables. Nous avons des témoignages de repris de justice et même des terroristes qui se sont convertis à Jésus Christ et qui témoignent tant qu’ils peuvent de cette rencontre avec lui. Tout l’Évangile nous montre qu’il est venu “chercher et sauver ceux qui étaient perdus”. C’est ce qui s’est passé pour Saul le persécuteur et bien d’autres.
La bonne nouvelle de l’Évangile est pour tous. Aucun être, aucune situation n’échappe à la proximité et à l’amour de Dieu. C’est pour nous un appel à changer notre regard sur les personnes et sur le monde. Trop souvent, nous avons un regard méfiant ou désabusé. Si nous voulons être disciples et missionnaires, nous devons nous tourner vers le Christ et nous laisser guider par lui. Il nous apprendra à accueillir chacun tel qu’il est, à lui faire confiance et à lui donner toutes ses chances. Nous sommes appelés à être “l’amour du Christ”.
Quand le pape François invitait l’Église à aller vers les “périphéries”, il ne faisait qu’actualiser ce qu’a fait Jésus. Le suivre c’est aller avec lui à la rencontre de toute l’humanité, c’est se rendre proche de chacun et surtout de celui qui vit à la marge. La tentation est grande de se dire : “À quoi bon ? Cela ne sert à rien.” Ce serait oublier que la mission n’est pas d’abord notre affaire mais celle du Seigneur. C’est lui qui nous envoie son Esprit saint. Il agit dans le cœur de ceux et celles qu’il met sur notre route. Sans lui, rien n’est possible. Jésus le Galiléen est toujours là, vivant et agissant au cœur de son Église. Il est la Lumière pour éclairer toutes les nations. Nous pouvons toujours compter sur lui. Rien ne peut nous séparer de son amour.
Suivre Jésus, ce n’est pas s’enfermer dans un système religieux en se disant qu’on a toujours fait ainsi. Quand il nous appelle, nous devons savoir qu’il nous conduira sur des chemins que nous n’avions pas prévus. C’est en nous rapprochant de lui que nous apprendrons à voir les autres comme des frères. C’est l’appel que nous lance l’apôtre saint Paul à l’occasion de cette semaine de prière pour l’unité des chrétiens. S’adressant à la communauté de Corinthe, il leur rappelle que les rivalités missionnaires sont sans intérêt : il n’y a qu’un seul Seigneur qui envoie Apollos, Paul et Pierre. Les divisions entre chrétiens restent toujours un contre-témoignage.
En ce dimanche, nous entendons l’appel du Christ. Il continue à vouloir sauver ceux qui vont à leur perte. Il nous envoie vers ceux qui ne rentrent pas dans nos églises, ceux qui n’appartiennent pas à nos familles spirituelles, ceux qui, apparemment, vivent dans les ténèbres. Son regard sur la Galilée des nations et les pêcheurs du lac était plein de miséricorde. Il compte sur nous pour avoir le même regard que lui sur le monde d’aujourd’hui. La qualité de notre regard reflète celle de notre foi. Nous n’avons pas à douter de l’attachement de Jésus à chaque être humain. C’est avec lui que nous deviendrons pêcheurs d’hommes.
En nous rassemblant à l’église en ce dimanche, nous venons puiser à la source de l’Amour qui est en Dieu. Nous nous nourrissons de sa Parole et de son Eucharistie. Nous lui demandons qu’il nous donne la force et le courage pour la mission qu’il nous confie : “Toi qui es la Lumière du monde, toi qui es l’amour, mets en nos ténèbres ton Esprit d’amour.”
Sources : Revues Feu Nouveau, = Homélies de l’année liturgique À (Simon Faivre) – Dossiers personnels
Comprendre les lectures
avec Marie-Noëlle THABUT
Homélie Pape François
Nous avons entendu que « Jésus leur dit : “Venez à ma suite” [...]. Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent » (Mc 1, 17-18). La force de la Parole de Dieu est grande, comme nous l’avons entendu dans la première Lecture : « La parole du Seigneur fut adressée de nouveau à Jonas : “Lève-toi, va à Ninive […], proclame le message” […]. Jonas se leva et partit […] selon la parole du Seigneur » (Jon 3, 1-3). La Parole de Dieu libère la puissance de l’Esprit Saint. Elle est une force qui attire à Dieu, comme cela arriva à ces jeunes pêcheurs, foudroyés par les paroles de Jésus. Et c’est une force qui envoie vers les autres, comme pour Jonas qui alla vers ceux qui étaient loin du Seigneur. La Parole attire à Dieu et envoie vers les autres. Elle attire à Dieu et envoie vers les autres voilà son dynamisme ! Elle ne nous laisse pas enfermés en nous-mêmes, mais elle dilate le cœur, fait inverser la tendance, renverse les habitudes, ouvre des scénarios nouveaux, entrouvre des horizons insoupçonnés.
Frères et sœurs, la Parole de Dieu veut faire cela en chacun de nous. Comme pour les premiers disciples, qui en accueillant les paroles de Jésus laissèrent les filets et commencèrent une aventure merveilleuse, de même sur les rivages de notre vie, près des barques de nos familles et des réseaux du travail, la Parole suscite l’appel de Jésus. Il nous appelle à prendre le large avec Lui, pour les autres. Oui, la Parole suscite la mission, elle fait de nous des messagers et des témoins de Dieu pour un monde rempli de paroles, mais assoiffé de cette Parole qu’il ignore souvent. L’Église vit de ce dynamisme : elle est appelée par le Christ, attirée par Lui, et elle est envoyée dans le monde pour témoigner de Lui. C’est cela le dynamisme dans l’Église.
Nous ne pouvons pas nous passer de la Parole de Dieu, de sa douce force qui, comme dans un dialogue, touche le cœur, s’imprime dans l’âme, la renouvelle avec la paix de Jésus qui rend inquiets pour les autres. Si nous regardons les amis de Dieu, les témoins de l’Évangile dans l’histoire, les saints, nous voyons que, pour chacun, la Parole a été décisive. Pensons au premier moine, saint Antoine, qui, frappé par un passage de l’Évangile lorsqu’il était à la Messe, laissa tout pour le Seigneur ; pensons à saint Augustin dont la vie changea quand une parole divine lui guérit le cœur ; pensons à sainte Thérèse de l’Enfant Jésus qui découvrit sa vocation en lisant les lettres de saint Paul. Je pense au saint dont je porte le nom, François d’Assise, qui, après avoir prié, lit dans l’Évangile que Jésus envoie ses disciples prêcher et s’exclama : « Cela je le veux, cela je le demande, cela je désire le faire de tout mon cœur » (Tommaso da Celano, Vita prima IX, 22). Ce sont des vies changées par la Parole de vie, par la Parole du Seigneur.
Mais je me demande : pourquoi n’arrive-t-il pas la même chose pour beaucoup d’entre nous ? Très souvent nous écoutons la Parole de Dieu, elle entre d’une oreille et ressort de l’autre. Pourquoi ? Peut-être parce que, comme nous le montrent ces témoins, il ne faut pas être “sourd” à la Parole. C’est notre risque : submergés par mille paroles, nous laissons la Parole de Dieu glisser sur nous. Nous l’entendons, mais nous ne l’écoutons pas ; nous l’écoutons, mais nous ne la gardons pas ; nous la gardons mais nous ne nous laissons pas provoquer pour changer. Surtout, nous la lisons mais nous ne la prions pas, alors que « la prière doit aller de pair avec la lecture de la Sainte Écriture, pour que s’établisse un dialogue entre Dieu et l’homme » (Dei Verbum, n. 25). N’oublions pas les deux dimensions fondatrices de la prière chrétienne : l’écoute de la Parole et l’adoration du Seigneur. Faisons place à la Parole de Jésus, à la Parole de Jésus priée et il arrivera pour nous ce qui est arrivé aux premiers disciples. Revenons donc à l’Évangile d’aujourd’hui qui nous rapporte deux gestes qui résultent de la Parole de Jésus : « Laissant leurs filets, ils le suivirent » (Mc 1, 18). Ils laissèrent et le suivirent. Arrêtons-nous brièvement sur cela.
Ils laissèrent. Qu’ont-ils laissé ? La barque et les filets, c’est-à-dire la vie qu’ils avaient menée jusqu’à ce moment. Très souvent, nous peinons à laisser nos sécurités, nos habitudes, parce que nous restons pris en elles comme les poissons dans un filet. Mais celui qui est en contact avec la Parole guérit des liens du passé, parce que la Parole vivante réinterprète la vie, elle guérit aussi la mémoire blessée en y greffant le souvenir de Dieu et de ses œuvres pour nous. L’Écriture nous établit dans le bien, elle nous rappelle qui nous sommes : des enfants de Dieu sauvés et aimés. « Les paroles toutes parfumées du Seigneur » (S. François d’Assise, Lettre aux fidèles) sont comme le miel, elles rendent la vie savoureuse : elles suscitent la douceur de Dieu, elles nourrissent l’âme, elles éloignent la peur, elles sont vainqueur de la solitude. Et de même qu’elles ont fait que ces disciples abandonnent la répétitivité d’une vie faite de barques et de filets, de même elles renouvellent en nous la foi, la purifiant et la libérant de nombre de débris, la ramenant aux origines, à la pureté naissante de l’Évangile. Avec le récit des œuvres de Dieu pour nous, la Sainte Écriture défait les amarrages d’une foi paralysée et nous fait savourer à nouveau la vie chrétienne telle qu’elle est vraiment : une histoire d’amour avec le Seigneur.
Les disciples laissèrent donc ; puis ils suivirent - ils laissèrent et ils suivirent: derrière le Maitre, ils firent des pas en avant. En effet, sa Parole, tout en libérant des encombrements du passé et du présent, fait mûrir dans la vérité et dans la charité : elle ravive le cœur, l’ébranle, le purifie des hypocrisies et le remplit d’espérance. La Bible elle-même atteste que la Parole est concrète et efficace “comme la pluie et la neige” pour la terre (cf. Is 55, 10-11) ; « comme un feu », « comme un marteau qui fracasse le roc » (Jr 23, 29) ; comme une épée tranchante qui « juge des intentions et des pensées du cœur » (He 4, 12) ; comme « une semence impérissable » (1 P 1, 23) qui, petite et cachée, germe et porte du fruit (cf. Mt 13). « La force et la puissance que recèle la Parole de Dieu sont si grandes qu’elles constituent […] la nourriture de l’âme, la source pure et permanente de la vie spirituelle » (Conc. Œcum. Vat. II, Const. Dogm. Dei Verbum, n. 21).
Frères et sœurs, que le Dimanche de la Parole de Dieu nous aide à retourner avec joie aux sources de la foi, qui naît de l’écoute de Jésus, Verbe du Dieu vivant. Alors que l’on dit et qu’on lit continuellement des paroles sur l’Église, que celles-ci nous aident à redécouvrir la Parole de vie qui résonne dans l’Église ! Autrement nous finissons par parler davantage de nous que de Lui ; et souvent nos pensées et nos problèmes restent au centre, au lieu du Christ avec sa Parole. Retournons aux sources pour offrir au monde l’eau vive qu’il ne trouve pas ; et, tandis que la société et les réseaux sociaux accentuent la violence des paroles, resserrons-nous la douceur de la Parole de Dieu qui sauve, qui est douce, qui ne fait pas de bruit, qui entre dans le cœur.
Et posons-nous, enfin, quelques questions. Quelle place est-ce que je réserve à la Parole de Dieu là où j’habite ? Il y a des livres, des journaux, des télévisions, des téléphones, mais où est la Bible ? Dans ma chambre, est-ce que j’ai l’Évangile à portée de main ? Est-ce que je le lis tous les jours pour y retrouver la direction de la vie ? Est-ce que j’ai dans le sac un petit exemplaire de l’Évangile pour le lire ? J’ai très souvent conseillé de toujours avoir l’Évangile avec soi, dans sa poche, dans son sac, dans son téléphone portable : si le Christ m’est plus cher que tout, comment puis-je le laisser à la maison et ne pas emporter sa Parole avec moi ? Et une dernière question : ai-je lu au moins un des quatre Évangiles en entier ? L’Évangile est le livre de la vie, il est simple et il est bref, et pourtant beaucoup de croyants ne l’ont jamais lu du début à la fin.
Frères et sœurs, Dieu, dit l’Écriture, est « le créateur et l’auteur de la beauté » (Sg 13, 3) : laissons-nous conquérir par la beauté que la Parole de Dieu apporte dans la vie.
